Il y a des concepts qui méritent plus de lumière, c’est le cas de Andy in the City, le blog qui met en valeur les femmes en situation de handicap et qui parle du handicap, d’un point de vue féminin. Son projet m’a interpellé et le message qu’il véhicule m’a touché, j’ai donc très vite contacté Armelle, la créatrice du média afin d’en savoir plus.

Cette interview est extraite du numéro 3,  j’ai décidé de le publier exclusivement sur le webzine afin de toucher le plus de personne possible. Armelle a aussi écrit un article qui sera seulement présent sur le magazine : “Femmes handicapées, ni héroïnes, ni victimes” où elle s’exprime sur ce que c’est vraiment qu’être une femme handicapée, au-delà de tous les clichés et les stéréotypes qui leur sont souvent collés.

Interview

Peux-tu te présenter et présenter le concept de Andy In The City ?

Je suis Armelle, j’ai 30 ans (et encore un peu de mal à m’y faire) et je viens de terminer un cercle vertueux de 3 années de reprises d’études en gestion et communication.
Cette reprise d’étude est intervenue après le constat que j’étais en train de passer complètement à côté de mes aspirations personnelles et professionnelles. Cela n’a pas été facile, mais je le recommande à qui ne se sent plus aligné avec ses envies (et n’a pas peur de se voir refuser sa carte étudiante au cinéma à cause de son âge !)

Elle m’a alors permis de concrétiser beaucoup de choses que je souhaitais réaliser depuis quelque temps. Sortir de sa zone de confort peut être à la fois joyeux et vertigineux, notamment quand cela nous amène à vivre les moments les plus sombres et les moments les plus lumineux de son existence.

Le projet Andy in the City est une de ces choses qui dormait depuis trop longtemps dans mon esprit que j’ai concrétisé en décembre 2018. Il s’agit d’un blog sur le thème du handicap du point de vue féminin. Le but est de donner la parole aux femmes en situation de handicap, informer sur leur quotidien, valoriser leurs initiatives, leurs projets, leurs actions ou celles qui les concernent.

Qui est Andy ? Pourquoi ce nom Andy in the City ?

Andy représente cette femme en situation de handicap avec des idées, des rêves, des projets, des combats, de la résilience mais également des doutes, des peurs, des interrogations sur une société pas toujours adaptée à sa situation, son quotidien, ses ambitions. Andy, c’est cette femme qui a un handicap, qui le porte, dans tous les sens du terme… mais qui n’est pas ce handicap.

Je ne me souviens pas précisément du moment où j’ai trouvé ce nom car c’était il y a plus de 3 ans, mais à ce moment-là je devais regarder beaucoup de sériés féminines diverses.
Je souhaitais personnifier le nom du blog afin que chacune puisse s’identifier, « In the City » illustre cette idée que l’on peut croiser chacune de ces femmes au quotidien, au détour d’une rue. Enfin, ce jeu de mot (« handi » = handicap) est venu assez naturellement pour illustrer la thématique. Cependant, je dois avouer que la formule « Andy’ Cap » ne vient pas de moi directement, mais j’aimais beaucoup cette idée donc je l’ai gardé. Finalement, j’ai secoué toutes ces réflexions et ça donné ce nom de blog !

Pourquoi avoir choisi la plateforme de blog, comme média ?

Chaque espace d’expression, chaque moyen de communication médiatique est intéressant à exploiter pour faire passer des messages, s’exprimer. J’anime une émission de radio mensuelle, afin de valoriser des projets variés et initiatives de femmes, sur une radio associative depuis 2017. Je ne suis pas encore à l’aise avec mon image pour pouvoir utiliser la vidéo. L’écriture est donc venue de manière très intuitive.

Comment t’es venu l’idée de créer ce blog et pourquoi avoir choisi d’aborder le thème des femmes en situation de handicap ?

Cela fait quelques années que j’ai envie de créer ce blog autour de la question du handicap et de la femme mais je n’avais jusqu’ici jamais pris le temps de réfléchir aux détails du projet et donc matérialiser. Et puis, c’est apparu comme une urgence, une nécessité d’aller chercher des ressources en moi que je ne soupçonnais pas afin de m’exprimer, de faire sauter certains verrous et de mettre des mots sur mes ressentis.

J’ai toujours eu, inconsciemment, une immense peur de l’isolement, de l’abandon, par mon propre abandon et mon histoire personnelle, même si j’ai la chance d’être très bien entourée. D’un autre côté, dès les premiers instants de mon existence, j’ai compris que la combativité, la résilience et l’indépendance seraient indispensables pour avancer et c’est aussi ce que l’on m’a appris.

J’ai donc imaginé ce projet Andy in the City comme un espace que j’aurais aimé trouver, avec tout ce qui a pu me manquer à moi dans le passé, et que j’ai dû chercher, apprendre et comprendre par moi-même au fur et à mesure : des exemples de femmes handicapées, des parcours intéressants et positifs, des conseils précieux, des contacts utiles, un espace pour échanger, s’exprimer…

Et aujourd’hui, il est devenu une réelle catharsis, une sortie de secours vers quelque chose de lumineux et joyeux pour véhiculer certains messages qui pourraient aider les autres.

Lorsque que nous sommes en situation de mobilité réduite ou de handicap, on peut facilement manquer de repères, se sentir seul, ne pas réussir à trouver les réponses aux questions que l’on se pose et être tenté de mettre ce handicap de côté pour vivre comme tout le monde. Mais quoiqu’il arrive il s’impose à nous et finit par revenir comme un retour de flamme. C’est donc important de le considérer dans sa globalité pour mieux l’appréhender.

La finalité de Andy in the City est de créer un média qui rassemble, fédère, favorise l’entraide, brise les tabous et les préjugés, libère la parole de ces femmes handicapées et valorise toutes leurs initiatives et celles qui les concernent afin de leur montrer qu’elles ne sont pas seules.

La thématique des femmes handicapées est trop peu abordée au cœur de la société, aujourd’hui et il est temps de faire un peu plus de bruit. Ce n’est pas de la discrimination positive mais il existe beaucoup d’autres blogs et médias qui abordent le handicap sous différents angles. J’ai donc voulu travailler ce thème du handicap d’un point de vue féminin car c’est ce que je suis chaque seconde et ce que je vis au quotidien. Finalement, les réseaux sociaux me permettent d’aborder le handicap d’une manière plus large et de relayer d’autres informations plus générales autour du handicap.

Quel impact voudrais-tu que ton média ai sur les femmes handicapées ?

J’aimerais que les femmes handicapées n’aient plus peur de s’exprimer sur ce qu’elles vivent, ce qu’elles ressentent. J’aimerais leur dire d’oser s’accomplir pleinement « sans demander l’autorisation », de ne plus se sentir illégitime d’agir… Qu’elles ne sont pas seules et qu’elles ne valent surtout pas moins que les autres !

Je souhaiterais que l’on comprenne aussi que ces femmes ont une vie sociale, professionnelle, intime, familiale, au même titre que les autres femmes, mais qu’elles vivent également des difficultés au quotidien, des injustices. Il ne doit plus avoir de tabous, de non-dits, de préjugés autour des femmes handicapés, qu’il s’agisse des domaines, de la féminité, de la vie professionnelle ou sociale. Les mentalités doivent évoluer et le regard des autres doit changer.

Quel est ton avis sur la place et l’image des femmes en situation de handicap dans la société d’aujourd’hui ?

Je pense qu’elles ne sont pas assez visibles et pas assez représentées et leur place dans la société est quasiment inexistante. D’une manière générale, hommes ou femmes, les personnes handicapées ne sont pas assez visibles, et sont très peu considérés.

Il ne s’agit pas de dire qu’il est plus dur de vivre avec un handicap en étant une femme plutôt qu’un homme car il existe des problématiques et des combats communs mais aussi des spécificités. L’image des femmes, construite par la société, est celle de la vulnérabilité, de la fragilité et de la naïveté alors que celle de l’homme est naturellement basé sur la force, la combativité et le courage. Alors quand on est une femme handicapée, je crois qu’on est doublement considérée comme vulnérable, fragile et naïve, mais c’est la société qui a construit cela de cette façon, ce n’est pas nécessairement la réalité ! Il est vraiment important de déconstruire ces stéréotypes, briser ces tabous et ces préjugés autour des femmes handicapées.

Et comment pourrait-on faire pour changer les choses ?

Je pense qu’il est prioritairement nécessaire d’encourager les premières concernées à ne plus se cacher, à ne plus rester silencieuses et à raconter leurs quotidiens, leurs difficultés, leurs envies et leurs espoirs. Trop longtemps elles ont été habituées à se cacher, à obéir, à se laisser faire sans qu’on leur demande leur avis et qu’elles puissent le donner.

Je pense qu’aujourd’hui, grâce à plusieurs prises de conscience, la parole de la femme est davantage écoutée et entendue, même s’il reste beaucoup à faire. L’acceptation de soi, la défense de nos droits sont de plus en plus encouragés et il faut profiter de cette énergie, de ce mouvement pour évoquer la place des femmes handicapées dans la société, changer les mentalités et l’image que leur renvoie la société sur leur condition de femmes différentes.

Il ne s’agit pas de cacher la vérité, bien au contraire, car les discriminations, les violences envers les femmes en situation de handicap existent réellement, mais il est très important de ne plus les voir seulement comme des victimes ou comme des héroïnes, car c’est loin d’être aussi binaire que cela. Il est urgent de considérer les femmes handicapées comme des personnes à part entière qui agissent d’abord en fonction de leur personnalité et de leurs envies, comme toutes les autres femmes.

Par ailleurs, il est très important qu’il y ait davantage de moyens de prévention, de sensibilisation, de circulation de l’information, de moyens financiers, matériels et humains, ainsi que des formations et une vraie politique autour du handicap pour répondre aux problématiques des femmes handicapées. Enfin je crois que certaines qualités humaines sont indispensables pour favoriser l’intégration de tous et améliorer l’existence, telles que la bienveillance, l’écoute, l’entraide. Nous avons tous le pouvoir de faire évoluer les choses dès maintenant.

Quelles sont tes ambitions pour Andy in the city ? Comment vois-tu évoluer ton projet ?

Pour l’instant, le projet a encore besoin d’être visible et consolidé et je sais qu’il faut du temps pour tout cela. En même temps, tant que ce projet existe cela veut dire qu’il y a encore des choses à changer, des progrès à faire pour mieux considérer la place des femmes handicapées dans la société…

J’aimerais évidemment qu’il continue à évoluer et je réfléchis déjà à d’autres activités autour du projet telles que des rencontres, des ateliers, des collaborations. Mais pour le moment aucune de ces autres activités n’est concrètes, je me laisse du temps pour exploiter toutes ces idées.

 

On peut toujours faire quelque chose de ce qu’on a fait de nous.

Jean-Paul Sartre

 

Merci à Armelle, qui a bien voulu donner de son temps, et de sa plume et qui je le sais, a mis beaucoup de coeur à l’ouvrage.  Retrouvez cet interview ainsi que son article dans le numéro 3 et surtout, allez faire un tour sur son site : Andy in the City.

 

À lire aussi : ” Introduction au développement personnel “

” Les 5 croyances limitantes qui vous bloquent dans votre création d’entreprise “

Imani Mlanao

Après avoir étudié et travaillé dans le domaine de la communication, Imani décide de transformer son rêve de petite fille en vision : Créer un magazine papier et digital qui deviendrait l'accessoire indispensable des femmes qui veulent conquérir le monde. Le but ? Inspirer et accompagner les femmes dans la réalisation de leurs rêves, et dans leur propre cheminement personnel.

Pas encore de commentaires

Laisse un com!

Ton adresse email ne sera pas publiée.