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    Je suis une femme et j’ai une barbe, voici mon histoire

    D’aussi loin que je me souvienne, je n’avais jamais entendu parler de troubles hormonaux en lien avec les poils, d’hirsutisme et de « personnes hirsutes ». Je me rappelle qu’étant petite fille, avec mes amies d’enfance on organisait des goûters avec le peu d’argent qu’on réussissait à économiser.  Après notre réunion habituelle d’organisateurs du goûter, on s’est décidé à aller faire nos courses dans un magasin. Dans ce magasin, au rayon confiture, on comptait nos économies, l’agent de sécurité surveillait notre groupe d’enfants bruyants et en face de moi,  il y avait une femme en train de choisir son pot de confiture, plutôt âgée, une coupe au carré, une jupe midi, des chaussures marron, je me souviens de tout. Mon voisin me fait signe de regarder cette femme. J’avais remarqué son sourire moqueur et sa manière de se retenir d’exploser de rire. Je la regarde enfin, j’étais jeune et sur le moment, je ne me rendais pas compte que c’était impoli. Ils étaient là, en face de moi, si visibles et si longs, si noirs et si nombreux que je m’en rappelle comme si c’était « les miens ». Cette femme, avait des poils sur son visage. À ce moment-là, je n’avais qu’une idée en tête, c’était de la regarder avec insistance et curiosité.

    J’étais en train d’observer cette femme, je ne détournais plus le regard. Elle nous regardait, mais ne disait rien et ne semblait pas comprendre nos intentions. Près de moi, j’entendais les rires moqueurs d’un enfant qui trouvait ça « bizarre et drôle » de voir une femme avec des poils sur le visage. Me concernant, je sais que je n’ai pas ri aux éclats, mais je me rappelle de mon sourire narquois et de mon intention de regarder cette femme aussi longtemps que possible. Je trouvais ça tellement étrange, une femme avec des poils. Mais non… Impossible ! C’est moche ! Pourquoi elle ne les enlève pas ? Ça n’existe pas les femmes avec des poils sur le visage, c’est réservé aux hommes ça. Elle est trop bizarre cette femme, dégueulasse !

    Les années passèrent et me voilà aujourd’hui âgée de 25 ans avec ce souvenir qui n’a décidément pas l’intention de s’effacer de ma mémoire. Désormais, je peux enfin mettre un mot sur ce que je connaissais déjà inconsciemment depuis toute petite : « L’hirsutisme » et les troubles hormonaux chez les femmes.

    Comment tout a commencé

    L’été de mes 18 ans, j’ai eu mon baccalauréat. Super, je vais enfin pouvoir aller à la fac, vivre comme une vraie étudiante, me faire des potes, faire des études de langues, voyager, travailler et kiffer ma vie ! Ou du moins, c’est ce que je croyais. Mais la vie ne se passe pas toujours comme prévu.

    Peu de temps avant mon entrée à la fac, j’ai remarqué que mon duvet devenait plus dense, plus noir et plus épais mais ce n’était pas curieux pour moi parce que j’ai toujours été une femme « plus poilue » que la « normale » chez les femmes, sûrement mon côté méditerranéen et brunette.

    Quelques mois sont passés et j’étais enfin devenue étudiante en première année de langues étrangères.

    J’avais de plus en plus de poils foncés sur le visage et à force de me regarder, je trouvais ça de plus en plus étrange. Je commençais à me poser tellement de questions sur la cause de ce changement dans mon corps. Pour être honnête, je ne me suis jamais trouvée jolie à voir, mais cette fois-ci, ce n’était pas à cause de ça, je commençais à trouver mon visage difficile à regarder avec tous ces poils si épais et noirs. C’était nouveau pour moi, qui ai grandi avec juste un duvet à la lèvre supérieure et un corps poilu, mais pas plus que ça. C’était vraiment dérangeant, plus j’avançais dans l’année et plus je changeais… Jusqu’au jour où j’ai fini par ne plus me regarder dans le miroir.

    J’allais en cours, et je sentais le regard des autres étudiants quand j’étais trop proche d’eux, j’angoissais à l’idée que quelqu’un s’approche de moi d’un peu trop près. Leurs regards étaient si intenses, je savais que je n’inventais rien, ils me regardaient si longuement, c’était vraiment déstabilisant.

    En y repensant, j’ai l’impression que ces personnes étaient comme moi devant cette femme dans le magasin en train d’observer ses poils tellement cela me semblait étrange.

    Mon entrée dans la dépression

    Petit à petit, je sentais que je faisais tache, que je n’étais pas « normale » et que la société n’avait pas envie ni l’habitude de voir une femme avec autant de poils noirs sur le visage. Je me sentais seule au monde. Un jour, en changeant de salle de cours, je me suis rendue compte que pendant mes interactions avec les autres étudiants, on ne me regardait plus dans les yeux quand on me parlait, on les regardait « eux » sur mon menton. Mes poils, sont-ils plus intéressants que moi ? Pour ma part, j’avais arrêté de regarder mes poils et mon visage. Je m’étais abandonnée.

    Ce jour arriva, j’ai fini par arrêter d’aller à l’université. J’ai néanmoins essayé d’y retourner, mais je n’ai jamais réussi à retrouver goût à tout ça. Les études, c’était terminé, fini pour moi les journées entières à angoisser, fini ces moments où je devais me résigner à trouver une solution pour ne pas qu’on regarde mon visage… C’était toujours une source de stress pour moi . Comment est-ce que je peux faire pour cacher mon visage aujourd’hui, mes mains ou mon écharpe ? Je m’entends bien avec ces personnes alors pourquoi je me cache ? Mais c’est une fille pourquoi tu te caches d’elle aussi ? Fini ces instants de stress à baisser ma tête et mettre ma main sur mon visage pour dissimuler ces nouvelles « choses » avec lesquelles je devais désormais vivre. Je voulais des réponses, mais je voulais aussi me cacher et ne rien savoir.

    Je pense que j’avais juste envie qu’on me comprenne, mais en même temps, qu’on arrête de me regarder. J’étais au plus mal et sur le coup ça ne m’étais jamais venu à l’esprit de me dire qu’il y avait sûrement d’autres femmes qui vivaient la même chose que moi. Je ne pensais qu’à une seule chose : « Laissez-moi tranquille, je veux être seule, personne ne sait à quel point c’est dur, la seule chose que je demande, c’est de disparaître pour ne plus rien ressentir, je n’ai plus la force ni de parler ni de voir les gens ». J’étais tellement perdue.
    Je ne savais pas à qui en parler, ni même de quoi parler.

    Comment expliquer ce que j’avais si moi-même, je ne savais pas ce que c’était ni comment en parler ? Heureusement, à ce moment-là de ma vie, j’ai parlé à ma mère et lui ai expliqué la situation, mais je n’ai pas su trouver les mots exacts pour la convaincre que ma situation valait la peine que je fasse une pause dans mes études. Je n’ai pas pu lui parler sans que ma voix ne tremble. Je n’arrivais même pas à la regarder dans les yeux. J’aurais aimé qu’elle se rende compte de tout ça avant, mais elle n’y est pour rien, je ne lui en ai jamais voulu. Mes poils n’étaient pas invisibles et je n’exagérais pas quand je pensais qu’une barbe était en train de se former sur mon visage. Pourtant, j’avais l’impression de rêver, est-ce que je n’abuse pas, existent-ils vraiment ces poils ? Ma mère était devant moi les yeux brillants de larmes. C’était si intense.

    J’étais en train de vivre l’un des moments les plus forts de ma vie. Je ne pouvais plus retenir mes larmes. De toute ma vie, je n’avais jamais autant pleuré ni tremblé comme pour dire : « Merci maman, tu m’as libérée d’un poids que je n’arrivais plus à porter toute seule ». C’était libérateur ! J’aimerais crier à toutes ces jeunes filles, jeunes femmes et femmes, qui me liront, qu’en parler à ne serait-ce qu’une personne que ce soit un proche ou un professionnel, peu importe vous permettra de vous libérer de ce secret, de cette charge dont vous seule connaissez le poids réel. J’étais heureuse de pouvoir enfin lui dire ce que j’avais. Ma mère, celle qui ne m’avait jamais engueulé d’avoir arrêté les études, celle qui m’a toujours soutenu et qui, quand j’ai commencé à lui parler de ce qui n’allait plus chez-moi a tout de suite respecté mon mal-être et essayé de m’aider malgré son incompréhension. Je sentais l’incompréhension dans ses yeux, mais après lui en avoir parlé longuement, j’ai senti qu’elle avait enfin compris que je n’avais pas arrêté les études sur un coup de tête et pour moi, c’était très important.

    J’ai dû réapprendre à vivre. Comme un nouveau-né. J’étais complètement bloquée dans un rythme de vie qui n’était plus le mien. Et pendant ce temps-là, mes poils, eux, poussaient sans arrêt. Les angoisses et les pleurs guidaient ma vie. J’aimais être seule, je me sentais seule et à ce moment-là, les seules choses qui me donnaient envie de me battre et d’y croire, c’était ma spiritualité et le soutien de ma mère et ma petite sœur. Ça m’a apporté le réconfort dont j’avais besoin. Les matins étaient suffocants, les journées insoutenables, c’était pour moi les moments les plus difficiles. Les nuits étaient réconfortantes, c’était les seuls moments que j’avais pour réfléchir et pleurer sans retenue et me reposer. Les nuits restaient difficiles après la décision que j’ai prise d’arrêter les études, je n’étais plus sûre de rien : j’avais envie de me concentrer sur moi-même, mais je n’y arrivais pas.

    Les matins, je me demandais jusqu’à quelle heure j’allais devoir me retenir pour être enfin seule, la nuit, et avoir mon moment ; pleurer pour enfin réussir à m’endormir. Les pleurs étaient pour moi un coussin sur lequel je réussissais à trouver un calme presque apaisant. J’étais pressée d’être seule dans mon lit, c’était mon seul but de la journée. Les nuits, je les passais à faire des choses qui me donnaient le sourire et m’apaisaient au point de m’évader de mon quotidien comme : lire quelques pages du Coran, regarder des dramas coréens, lire des mangas ou regarder des émissions japonaises… Ça me faisait beaucoup rire, je m’évadais vraiment.

    Avec le reste de ma famille, j’étais angoissée et j’essayais au mieux de cacher mes poils, même chez-moi. En tant que femme à barbe et connaissant mes frères, je n’avais pas envie qu’ils voient mes poils, j’étais sûre qu’ils ne comprendraient pas. Je répondais quand on me posait une question, mais c’était une source d’anxiété et de pleurs quand le sujet était l’école ou le travail. Je pleurais tellement que ma mère n’en pouvait plus d’être impuissante face à mes maux et pleurait souvent avec moi.

    Me préparer à manger était impossible et je ne mangeais même pas une fois par jour. Je ne m’habillais plus, et surtout ce qui m’a le plus impacté, je pense, c’est le fait que je ne sortais plus ou presque plus. L’extérieur était devenu mon ennemi, j’avais peur de mettre un pied dehors alors, j’avais mis en place des techniques pour éviter de sortir au maximum. Quand j’avais une obligation médicale, je sortais avec des vêtements les plus sobres possibles pour passer inaperçu et mon écharpe ne me quittait plus, c’était mon amie, ma seconde peau. Je prenais ma voiture pour déposer les membres de ma famille faire des courses et qu’il fasse -1 degrés ou 36 degrés, je ne sortais jamais de la voiture et je n’enlevais mon écharpe sous aucun prétexte, pas même dans la voiture.

    Mon grand frère ne comprenait pas que je garde une écharpe et que je ne veuille plus entrer dans les magasins. Il me trouvait étrange. Mes frères, qui sont des hommes, ne comprendront peut-être jamais qu’on puisse être dans un état de dépression à cause « d’un complexe physique » comme le mien. Peut-être qu’ils en riront ? Ou trouveront-t-ils ça écœurant ? Un jour, l’un d’entre eux à table, a pu apercevoir mes poils de très près pour la première fois, sûrement qu’il n’en avait jamais vu avant sur le visage d’une femme. J’étais pétrifiée, ce soir-là, je me rappelle avoir ri et dis : « Bah, c’est des poils, j’ai ça depuis longtemps maintenant » et je me suis mise à pleurer en sanglots. Il n’était pas méchant, mais n’a pas apprécié que je pleure « juste pour ça » et ce jour-là, j’ai compris que la société m’avait détruite et était aussi responsable de mon complexe.

    Je sais qu’un de mes frères avec lequel je suis proche pourrait éventuellement me comprendre, mais j’attendrais que le bon moment/l’occasion se présente pour m’exprimer à ce sujet.

    Je pense qu’on a tous et toutes un ou plusieurs complexes qu’ils soient visibles ou pas, mais que certaines personnes ne pourront jamais comprendre que ces complexes valent la peine d’être « mal vécus ».

    J’ai mis ma petite sœur au courant sans vraiment en parler, elle savait que j’allais mal et elle a dû se poser des questions et remarquer tous ces changements chez moi. Elle me voyait tout le temps pleurer et parfois rire. Ma sœur est une jeune femme donc je pense qu’elle a eu moins de mal à comprendre étant donné qu’elle ressentait mon mal-être et qu’on a souvent discuté de nos complexes physiques.

    La découverte de ce que j’avais, de qui j’étais

    Après tout ce temps, j’avais enfin décidé de m’informer sur la cause de la poussée des poils excessive sur mon corps et surtout sur mon visage. Je suis une femme très poilue, sûrement hirsute même si l’évaluation clinique de l’hirsutisme reste subjective, je reste une femme à barbe. Vous n’en aviez peut-être jamais entendu parler même si vous êtes une femme qui présente une forte pilosité faciale ou corporelle donc j’ai eu envie de m’exprimer en parlant de moi et à travers moi, de nous, les femmes touchées par ce trouble et dérèglement hormonal qu’est l’hirsutisme. L’hirsutisme, c’est l’apparition d’une pilosité souvent excessive dans des zones dites masculines, normalement dépourvue de poils chez la femme. Les femmes touchées par ce trouble présentent souvent de la pilosité excessive composée de poils épais, noirs et drus sur le visage, la poitrine, le dos, les fesses, la face antérieure des cuisses ou encore le ventre et d’autres parties du corps.

    Grâce à mes recherches, j’ai découvert qu’il existait un hirsutisme dont aucune cause n’est trouvée, le plus souvent, il s’agit d’un hirsutisme ancien, souvent retrouvé chez les femmes d’origines méditerranéennes et dont le bilan hormonal et ovarien est normal. À la naissance, la femme possède la même capacité que les hommes à développer une pilosité, mais la différence se développe plus tard sous l’action d’hormones androgènes et des hormones mâles qui sont essentiellement la testostérone, sur les follicules pileux, l’endroit dans lequel le poil prend naissance. Cet excès de poils serait dû à une hypersensibilité de la peau aux androgènes produits à un taux normal par l’organisme.

    Le taux d’hormones androgènes augmente à la puberté, ce qui permet de développer la pilosité commune aux deux sexes ; aux aisselles et pubis par exemple. Ce taux reste toutefois 20 fois moins important chez la femme que chez l’homme : il est donc insuffisant pour faire apparaître la pilosité dans les zones pileuses « masculines » (visage, torse, épaules, bas du dos, cuisses, etc.), sauf chez les femmes qui présentent une pilosité excessive.

    On pourrait se dire « ah, mais moi aussi, j’en ai des poils partout ! » Ou « je connais une femme qui en a beaucoup plus que toi » mais concrètement, on ne sait pas ce que c’est tant qu’on ne le vit pas ou tant qu’on ne l’a pas étudié. Dans notre société, je sais qu’il y a des gens qui comprendront et seront tolérants tout en ayant de l’empathie, mais combien de personnes vont juste comprendre sans se moquer ni salir la personne à coups de réflexions pleines de jugement et de haine ? Sans nous dire : « Ah, mais t’as plus de poils qu’un homme ! » , « Elle a plus de barbe que moi, c’est grave ! » « Va te raser, tu cherches les critiques » « Tu pourrais t’épiler quand même ! » « C’est sale, épile-toi ! »

    Avec ces réflexions dont on est victimes dans notre quotidien ou sur internet on ne pense qu’à nos poils, nos poils et encore nos poils ! Et le pire, c’est que même entre femmes ce n’est pas mieux, les femmes font partie du pourcentage de personnes qui critiqueront parce qu’elles sont également victimes de l’impact de la misogynie intériorisée.

    En tant que femme touchée par ce trouble, j’ai naturellement développé des poils sur tout mon corps en particulier sur mon visage qui était pour moi la partie la plus difficile a cacher. Dès l’apparition des poils sur mon visage et la poussée excessive sur mes fesses et mes cuisses, j’ai compris qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas. Je ne sortais jamais sauf en voiture et avec une grande écharpe qui pourrait cacher mon menton, mes joues et ma lèvre supérieure. J’ai banni tout autre moyen de me déplacer : la marche ? Trop de monde qui pourrait me voir. Les transports en communs ? Trop de personnes proches de moi et ça faisait très longtemps que je n’avais pas vu d’autres personnes que les membres de ma famille.

    Vivre avec un complexe qui me tuait à petit feu

    C’est à ce moment-là que j’ai développé une phobie sociale. C’était un combat entre moi et mes nouveaux poils. Ils étaient là, si près de moi, je n’avais qu’une chose en tête : « Comment faire pour les cacher aujourd’hui ? » L’été, c’est la saison la plus compliquée pour une femme hirsute avec une barbe visible qui ne s’accepte pas. Garder une écharpe en été ? Pourquoi, pourtant, il fait si chaud n’est-ce pas ?

    Quand je détestais mes poils et qu’ils étaient devenus mon obsession, porter un masque comme on le fait de nos jours contre l’épidémie de la Covid-19 m’aurait certainement beaucoup aidé ! J’étais prête à tout pour passer inaperçu. Le regard des autres était important à ce moment-là de ma vie, j’étais mal à l’aise à l’idée d’être observée intensément par des inconnus ou même des personnes de mon entourage.

    Pourquoi est-ce qu’on vit dans une société où les poils sont forcément repoussants, « anormaux » et encore moins « féminins » ? Avec le temps, j’ai compris que notre société catégorisait les femmes avec des poils comme étant « normales » que si elles s’épilaient régulièrement et qu’on ne voyait que très peu de leurs poils et encore tout dépendra des zones du corps où c’est « acceptable » de voir des poils. Elles ne sont considérées d’humaines que si elles les retirent avant que quelqu’un les voit.

    Est-ce que si un homme me voit, il sera écœuré ? Et les femmes alors ? Pourquoi ne comprennent-ils tous pas que ces poils je ne les ai pas choisis et que j’aimerais tout faire pour les accepter et avoir du soutien.

    Le jour où j’ai décidé de me regarder

    Après avoir passé tout mon temps à me préparer dans le noir pour éviter de me regarder dans le miroir, ça m’est devenu insupportable et j’ai décidé de me regarder pour voir comment j’étais devenue après tout ce temps sans me voir de près. Je savais que j’avais eu une grosse poussée de poils parce que quand je me lavais le visage matin et soir, je sentais les poils qui piquaient sur mes mains. J’avais pris beaucoup de poids, mon corps avait changé et je m’en voulais de ne pas m’être occupée de lui.

    C’était là, en face de moi. Mes yeux brillants de larmes s’accordaient parfaitement à mon rythme cardiaque qui accélérait à la vue du spectacle auquel j’assistais. J’avais une barbe, fournie des poils très longs, noirs, épais, et nombreux. J’avais des poils sur mon menton, mes joues, ma lèvre supérieure, les poils au niveau de mes joues avaient tellement grossi que je n’arrivais plus à les différencier de mes cheveux. Où est mon duvet ? Qui suis-je ? Comment est-ce qu’un corps peut changer à ce point ? Je dois faire quelque chose ! Mais quoi ? Une fois la constatation de ma pousse de poils sur mon visage terminée, j’ai pris le temps de regarder le reste de mon corps. Je ne préfère pas vous dire à quel point j’étais choquée écœurée, et même horrifiée de me regarder, je m’en veux de l’écrire, mais c’était le cas. Pourquoi j’ai attendu si longtemps avant de me regarder alors que j’aurai pu chercher des solutions !

    Ces solutions, j’ai passé des semaines et des mois à les chercher. J’ai étudié tout ce qu’il y avait à savoir sur les troubles hormonaux chez les femmes et en particulier sur celui de l’hirsutisme. Le laser et la lumière pulsée étaient les techniques sur lesquelles je tombais le plus sur Internet et les témoignages des femmes étaient plutôt positifs donc j’en avais envie, j’y croyais, j’en rêvais même. « Il t’en a fallu du temps », c’est la seule chose que je me disais.

    En voyant les coûts onéreux de ces traitements, je me suis résignée à faire avec une méthode d’épilation que je connaissais, que j’avais trouvé sur plusieurs forums de parole et dont le coût était abordable. La cire orientale, c’était « THE » solution pour moi ! J’étais prête à m’entraîner et trouver le rythme d’épilation qui me convenait. Sur les forums de parole que je trouvais sur le net, plusieurs femmes témoignaient. Elles avaient de 20 à 45 ans, parfois plus. Je me souviens que j’étais rassurée de lire des témoignages de femmes « comme moi » mais que parfois, j’avais peur de les lire et de me projeter. Et si je vivais avec mes poils jusqu’à 30-40-50 ans ? Est-ce que je vais réussir à m’accepter un jour ou à rester comme je suis toute ma vie ? 

    Les débuts des traitements… et des échecs

    Après m’être rendue compte des dégâts que le temps a causé à la pousse de mes poils, j’ai décidé de tenter le coup, de m’épiler à la cire et d’oublier les autres traitements. Il fallait que je me rende à l’évidence, un traitement coûteux était impossible, mais rapidement, j’ai compris que je n’avais certes, pas les moyens financiers, mais que surtout je n’étais pas prête à investir, car je ne me voyais pas travailler et redevenir sociable, j’étais très perdue et j’imagine que toutes les femmes qui passent par là le sont. Malheureusement pour moi, cette décision est devenue une obsession, mon obsession liée à l’éradication de tous mes poils sur le visage.

    Mon quotidien était rythmé par l’épilation. Je prévoyais de la cire chaude ou froide et je m’épilais le visage autant de fois qu’il le fallait pour retirer jusqu’au dernier poil. Ma peau souffrait, mais ce n’était pas grave, j’avais enfin pu toucher mon visage et sentir un semblant de douceur. Si vous êtes comme moi ou touchée par un trouble hormonal qui aurait pour effets secondaires de faire pousser vos poils plus vite, vous comprendrez le plaisir d’avoir le visage épilé, doux, et presque sans poils. Évidemment, je n’étais pas une professionnelle de l’épilation donc il restait des poils, mais ce n’était pas le plus dérangeant. Ce qui me rendait le plus triste, c’était le fait que mes poils repoussaient dès le lendemain.

    Alors, c’était un combat contre mes poils et moi, j’arrachais littéralement ma peau avec les bandes de cires encore et encore, j’avais des boutons, des plaques rouges où ma peau avait disparu, tellement j’épilais sans arrêt et presque tous les jours. J’avais aussi des irritations, des croûtes… Mais je ne sentais plus la douleur, car pour moi, tant que mes poils s’en allaient, je pouvais me retrouver sans peau à des endroits du visage, ça m’était égal. J’ai passé des jours, des semaines, des mois à m’épiler à la cire. Et pour vous dire la vérité, j’avais encore plus de poils qu’avant. Après ça, j’ai décidé d’aller voir une voisine qui épilait les femmes avec de la cire orientale, tunisienne réputée pour retirer tous les poils même les plus courts et ralentir la pousse, j’ai donc pris rendez-vous avec elle.

    C’était un des jours les plus difficiles de toute ma vie. Elle n’a pas arrêté de me faire des réflexions comme : « mais pourquoi tu n’es pas venu plus tôt ? Regarde l’état de ton visage, de tes bras trop poilus » « Olalala… Décidément, tu es poilu comme un homme » disait-elle en riant.  « Tu devrais t’épiler plus souvent pour avoir de meilleurs résultats » disait-elle en riant toujours plus… Je ne me rappelle pas de toutes ses réflexions, heureusement. Après ce rendez-vous, j’ai abandonné l’épilation à la cire, de toute façon, mes poils repoussaient dès le lendemain donc j’avais perdu l’envie et la motivation de continuer.

    Les poils étaient l’obsession de ma vie, mes poils étaient devenus ma faiblesse, je n’en pouvais plus de les voir. J’étais une femme poilue, déprimée après ces réflexions et je me souviens avoir testé beaucoup de « produits anti-repousse poils, ralentisseurs de pousse de poils ». L’huile de souchet, les crèmes anti-repousse après épilation, le curcuma mélangé au lait et à la farine de pois-chiches, le masque au blanc d’œuf ou le sport intensif. De tous ces remèdes seul le sport m’a permis de retrouver un semblant de vie et aucun des autres n’a fonctionné.

    Parmi les traitements onéreux dont je vous parlais, « le moins cher » d’entre eux m’avait attiré. Je n’avais pas les moyens d’assurer toutes les séances, mais j’avais ma mère pour me soutenir.

    Elle n’avait pas non plus les moyens, mais ma maman, c’est Superwoman donc elle avait toujours des petites économies au cas où et ce jour-là, je faisais partie des « au cas où » de ma mère. Je vous passe les détails des remerciements, des pleurs et des promesses de lui rendre le bien qu’elle m’offrait, mais elle me disait toujours : « Ce que tu donnes, Dieu te le rendra encore mieux ». Sur ces belles paroles, j’ai commencé l’épilation à la lumière pulsée. Je précise que pendant tout ce temps, je continuais à rester renfermée chez moi et je n’avais plus aucun espoir après l’échec de la cire, mais que j’avais entendu que du bien de la lumière pulsée.

    La première séance était très agréable, une professionnelle de santé, médecin, vous dit qu’elle pratique cette technique depuis des années et que ses patientes sont ravies des résultats, que vos poils tomberont au fur et à mesure des séances et qu’il n’y a pas de risque pour la peau, que demander de plus ? C’était, un petit moment, tranquille, où on se fait chouchouter, on nous met des crèmes, on nous masse le visage et nos poils disparaissent, et à cette époque-là, c’était le kiff total pour moi !

    Au bout de la 4e séance, ma mère avait remarqué que mes poils augmentaient, je ne m’en étais pas aperçue et j’ai dit que c’était sûrement « fait exprès »… Mais alors que s’est-il passé ? Ça ne faisait que quelques séances alors pourquoi mes poils repoussaient en quantité plus importante qu’avant ? Malheureusement pour moi, quand j’en ai parlé à la personne qui m’épilait, elle m’a dit de ne pas m’inquiéter, que c’était normal. Quelques séances et semaines plus tard, je n’en pouvais plus, c’était devenu flagrant, ma barbe avait doublé de volume. Je venais de me détruire encore un peu plus de mes propres mains. Je suis allé voir sur des forums, mais rien, personne n’en parlait… Après des heures et des jours de recherches, je suis tombé sur des femmes qui parlaient de repousses paradoxales. 

    La repousse paradoxale est un phénomène peu connu du public surtout des personnes qui se font épiler au laser ou à la lumière pulsée, mais cela peut aussi se produire avec l’épilation à la cire, le rasoir ou la pince à épiler donc personne n’est vraiment à l’abri même si, les techniques à base de laser ou lumière ont de fortes chances de stimuler vos poils plus rapidement.

    Ces repousses paradoxales sont l’apparition de poils fins et longs qui peuvent se transformer en poils noirs et épais, sur une zone non traitée, mais proche d’une zone épilée, quelques semaines ou quelques mois plus tard.

    C’était terminé, j’avais payé et donné mon énergie pour des séances de lumière pulsée qui avaient stimulées mes poils et d’autres poils qui n’existaient pas. Après l’étape de la pousse paradoxale qui ne s’arrêtait plus, j’ai stoppé le traitement du jour au lendemain et quand j’en ai parlé à la personne qui m’épilait elle m’a confirmé, je cite : « Ne pas savoir pourquoi » j’avais eu une aussi forte repousse paradoxale. N’oublions pas que la cire m’avais aussi provoqué une repousse paradoxale…

    Après ça, j’ai fait une prise de sang pour voir si mon taux de testostérone n’était pas trop élevé comparé à la moyenne chez les femmes. J’avais en effet, un taux de testostérone élevé, et ensuite ? Rien. Rien ne s’est passé, je n’avais pas le droit à un traitement financé par la sécurité sociale même pas partiellement comme je l’espérais car mon taux était légèrement en dessous. J’étais encore plus mal après cette nouvelle. En gros, on venait de me dire que j’avais des troubles hormonaux mais pas suffisamment pour l’aide financière, que j’étais « sûrement une femme hirsute ». C’était le bordel dans ma tête, et je ne pouvais rien y faire. Mon trouble hormonal existait et c’était déjà réconfortant de comprendre l’arrivée de mes nouveaux poils.

    J’ai repris mon train de vie habituel et j’ai encore une fois fermé la porte à l’extérieur. Cette fois-ci, j’avais décidé de vivre avec mes poils, mais le mal a repris le dessus, j’avais trop envie de les enlever. Alors c’est ce que je faisais, avec mes mains, oui avec mes mains ! En gros, j’ai développé un tic semblable à la « trichotillomanie » mais avec aucun sentiment de satisfaction du geste, j’enlevais simplement les poils que je pouvais retirer pour ne pas avoir à le faire plus tard devant le miroir. Ce n’était pas pour soulager une tension ou une angoisse, mais plutôt un « réflex » sans trop y penser, mais que j’ai arrêté rapidement grâce à ma mère qui me rappelait quand je le faisais à chaque fois.

    Je passais parfois 3 heures entières dans la salle de bain à essayer de retirer mes poils comme je le pouvais. C’était affreux, j’avais chaud, mal au dos et parfois, je vomissais tellement, c’était long.

    Comme chaque jour, j’allais voir des nouvelles informations sur « l’hirsutisme » et s’il y avait des avancées scientifiques/cliniques dessus. J’ai trouvé deux informations ; l’une parlait de pilules certes fortes, mais qui pouvaient fonctionner sur moi et l’autre d’une autre technique d’épilation : l’électrolyse ou épilation électrique. Avec beaucoup d’espoir, j’étais allée voir un endocrinologue, qui pourrait déjà m’aider sur la compréhension de mes hormones, etc. Hélas, ce n’était pas une bonne idée. Ce docteur a passé toute la consultation à me faire des réflexions du genre : « Pourquoi vous avez attendu que ça pousse autant ? » « C’est vraiment difficile de dire de quoi il s’agit. », « Ça me semble être lié à l’hirsutisme au vu de votre pilosité faciale et corporelle, mais je ne sais pas. », « Vous avez décider de porter le voile par rapport à ça ? ».

    Une fois ces réflexions passées, il m’a proposé d’aller voir une de ses collègues endocrinologue spécialiste des troubles hormonaux de la pilosité excessive chez la femme. J’y suis donc allée et cette fois-ci, même si c’était une femme, elle n’en était pas moins choquée de voir ma pilosité. Je n’avais qu’une envie, c’était de m’enfuir. Elle m’a proposé un traitement sous forme de pilules qui avaient beaucoup trop d’effets secondaires à mon goût. En rentrant, j’ai lu des témoignages de femmes sur des sites Internet, qui m’ont fait peur tellement les effets secondaires liés à la prise de ces pilules ajoutaient des contraintes au lieu d’en retirer. J’ai refusé de prendre ces traitements et ma mère était également contre.

    Concernant l’électrolyse aussi appelée épilation électrique j’ai tout simplement regardé sur Internet les informations de coût, de durée et tout ce que je pouvais trouver dessus. Pour ce qui est du coût parmi tous les traitements, l’épilation électrique est la plus coûteuse et la plus douloureuse, mais elle permet l’épilation minutieuse de tous les types de poils : blonds clairs, blancs, gris, roux, fins, éparpillés, clairsemés, et même les duvets les plus fins, sur tout type de peau et sur toutes les zones du corps à l’exception de l’intérieur du nez et des oreilles.

    Ce traitement permet de traiter certaines zones inaccessibles ou contre-indiquées au laser. C’est la seule méthode qualifiée de « définitive » pour l’épilation sur tout type de poils et reconnue comme telle par l’OMS. Je savais que le coût était trop important, mais il fallait que j’essaye de contacter une personne qualifiée en esthétique pour lui parler de mon trouble hormonal, je n’avais rien à perdre. J’ai donc contacté ce docteur et je lui ai envoyé un mail.

     

    Le traitement qui a changé ma vie

    Ce jour arriva, j’étais avec ma mère et on attendait dans la salle d’attente du cabinet médical. Le stress montait en moi et je ne savais plus pourquoi j’étais venue… Je repensais à la lumière pulsée et à la cire qui n’avaient pas fonctionné et qui au contraire m’avaient rendue plus poilue qu’avant, mais j’étais vraiment curieuse et j’avais un petit espoir que ça puisse marcher sur moi cette fois-ci. La consultation arriva, le docteur nous explique que la première consultation permet d’évaluer le nombre de séances à réaliser, mais que dans mon cas, il était incapable de dire combien de séances, il faudrait pour tout retirer.

    Il m’a ensuite prévenu que ça risquait d’être long et coûteux. J’avais des économies, ma mère aussi et on savait que ça n’allait pas être facile d’assurer le coût financier mais malgré tout, on a continué et accepté d’essayer. Quelques semaines plus tard, je décide de prendre rendez-vous et let’s go :  j’étais excitée de tenter cette nouvelle solution.

    Pendant le rendez-vous, le docteur m’explique ce qu’il va me faire et m’explique la technique de l’électrolyse : une aiguille très fine est insérée dans le canal pilaire le long du poil, jusqu’au bulbe ensuite, le courant électrique délivré permet d’échauffer la tige pilaire et les structures du poil jusqu’à destruction. Les poils sont ensuite retirés sans effort. Le procédé peut malgré tout être douloureux, car il est répété sur chaque poil à éliminer. C’est une technique très minutieuse donc parfois douloureuse, mais une crème anesthésiante, une anesthésie locale ou l’application de froid peuvent être utilisés pour diminuer les douleurs dans certaines zones (lèvre supérieure, menton). Les séances peuvent durer de dix minutes à plusieurs heures.

    Personnellement, c’était très douloureux pour moi donc le docteur anesthésiait la zone avant l’épilation, mais certaines personnes qui venaient au cabinet n’ont jamais utilisé d’anesthésie tout dépendra de votre tolérance à la douleur. J’ai pris l’habitude d’y aller chaque mois et j’avais des résultats ! Le feeling passait avec le docteur et son équipe et pour moi, c’était primordial de me sentir à l’aise parce que j’avais perdu l’habitude de sortir et discuter avec des gens de l’extérieur…

    Malgré les résultats, c’était une grande source de stress pour moi d’y aller et je vous avoue qu’au début pendant les premiers mois, je n’arrivais pas à y aller sans ma mère, mais petit à petit, j’ai réussi à m’entendre avec le docteur donc tout allait mieux. Il ne me jugeait pas, je passais un moment de détente tout allait si bien alors pourquoi quand je sortais du cabinet et que j’allais dans ma voiture, je m’effondrais en larmes ? J’avais tellement de choses à ressentir d’un coup et il fallait aussi que je surveille mon exposition au soleil, et mette de la crème après chaque séance. Quand je me regardais, j’avais des croûtes et des rougeurs, je voyais à quel point ma peau était fatiguée de tous ces traitements et ça me faisait de la peine. J’étais fatiguée de tout ça, je me demandais quel jour j’allais enfin pouvoir me regarder et toucher ma peau « douce ».

    J’ai continué les séances pendant plusieurs mois et j’avais de super résultats, même si c’était très dur psychologiquement et physiquement :  les croûtes, les irritations et les douleurs de peau partaient au bout de 24 h à maximum 48 h, mais ça restait difficile de se voir comme ça. Il m’arrivait d’abandonner le traitement plusieurs mois pour des raisons financières et aussi parce que ce traitement médical me touchait physiquement et c’était très fatiguant et une grande source de stress. J’étais trop angoissée à l’idée d’y retourner, mais ma mère me motivait à retenter le coup à chaque fois et à chaque fois, jamais ni le docteur ni son équipe ne m’ont jugé pour mon comportement, car ils savaient ce que je traversais. Ils étaient d’un grand soutien et m’ont aidé à surmonter mes phases d’abandon.

    Ils avaient l’habitude avec moi, je venais 2 mois et j’arrêtais pendant 3,4 mois ou parfois plus. Et parfois c’était le contraire, je venais tous les jours de la semaine jusqu’à que le docteur me dise de faire des pauses pour laisser ma peau se reposer. Dès le départ, il m’avait prévenu que ça allait être difficile et long et qu’il fallait que je tienne le coup donc concrètement c’est possible, il faut juste trouver le bon rythme et apprendre, je vous apprendrais comment faire avec grand plaisir parce que maintenant je suis une vraie pro haha ! J’avais tellement de poils à enlever que faire presque un an de séances en termes de temps, n’a pas suffit à retirer mes poils. Mais ils étaient beaucoup moins nombreux et j’avais des résultats visibles !

    L’acceptation de mes poils

    Aujourd’hui, j’ai 25 ans, j’ai commencé l’épilation à l’électrolyse entre 2018 et 2019, on est en 2022 et j’ai toujours mes poils, ils sont toujours là ces petits filous. Il m’a fallu énormément de temps pour accepter ce traitement et je ne regretterais jamais de l’avoir fait malgré les douleurs, la difficulté psychologique, physique et le coût financier. Le docteur et son équipe qui se sont si bien occupés de moi et qui le font toujours depuis toutes ces années, sont les héros que j’attendais pour m’aider à aller mieux. Je suis croyante et je suis certaine que tout ce qui m’arrive est dû au destin, et ces personnes font partie de mon destin. J’ai créé des liens avec eux et je me suis ouverte à eux alors que nous avions simplement une relation de patient-équipe médicale et juste pour ça je les en remercie.

    À l’heure actuelle, je peux affirmer par des photos avant-après et par mon état de santé psychologique que je vais mieux. J’ai pris des photos tout au long de mon traitement.
    Je fais, au moment où j’écris, un énorme travail sur moi-même pour les partager sur les réseaux sociaux et parler du traitement qui a fonctionné à merveille pour moi, mais aussi partager et faire connaître ce trouble à ma façon pour arrêter les critiques incessantes envers les femmes qui ont fait le choix de montrer leurs poils sur les réseaux sociaux. Certes, j’ai toujours des poils et je suis toujours mal dans ma peau, pour en réalité plusieurs raisons, mais vraiment, concernant le traitement à l’électrolyse, j’ai des preuves qui prouvent les effets positifs de cette technique d’épilation définitive. Ce sont des photos que je prenais juste comme ça au départ puis à chaque fois que je voyais de l’évolution, je me faisais une joie d’enregistrer la photo en me disant : « Et si un jour une femme tombe sur mes photos et retrouve une lueur d’espoir ? » J’en serai tellement fière et heureuse.

    Ça serait mentir que de dire que je vais super bien et que je suis heureuse, mais depuis toutes ces années, j’ai changé d’approche vis-à-vis de mes poils. J’ai le soutien de ma famille en comptant mes deux petites sœurs et ma mère qui me soutiennent et me redonnent de l’espoir face à cette épreuve. C’est dingue parce que jamais je n’aurais pu imaginer accepter mes poils, je les détestais tellement, mais maintenant, j’ai une relation différente avec eux. Je sais qu’il y a certainement des femmes qui ne s’adapteront jamais à leurs poils et/ou qui ne les aimeront jamais et d’autres qui au contraire ont appris à déconstruire leur misogynie intériorisée, en apprenant à les aimer et à les accepter.

    Je n’ai jamais eu confiance en moi ni en mes capacités, depuis toujours, je rêve de faire des choses, mais je ne les fais jamais et cette dépression a encore plus détruit le peu de confiance que j’ai en moi. Mais malgré tout, j’ai appris à me comprendre, à apprécier les choses simples de la vie et à y croire même quand j’étais au plus bas de ma vie.

    J’ai toujours des poils qui forment une barbe, même si les résultats sont flagrants et très positifs, j’ai toujours ma pilosité faciale et corporelle, elle a juste changé d’apparence, car il y en a beaucoup moins qu’avant. Avec du recul, tout ce temps passé seule face à moi-même, était très important et m’a permis d’être fière de moi aujourd’hui. Avant j’étais obsédée par mes poils et je cherchais constamment à les cacher par n’importe quel moyen, je ne sortais jamais de chez moi sauf par obligation et maintenant j’ai compris que malgré tout je les acceptais, ces poils.

    Depuis quelque temps, sur les réseaux sociaux, il y a des femmes qui partagent leur expérience avec leurs troubles hormonaux et qui montrent comment elles vivent avec leur pilosité faciale en donnant des conseils. J’ai toujours voulu en parler dans des vidéos et des posts sur les réseaux sociaux ou ailleurs et m’exprimer parce qu’on a toutes une histoire différente et des conseils différents à partager, mais je n’ai jamais réussi à sauter le pas depuis toutes ces années.

    Grâce à ces femmes et à toutes les personnes qui montrent leur soutien, je cache moins mes poils, quand je suis entourée d’autres personnes que mon entourage et ça, c’est une vraie victoire pour moi. Il m’arrive de cacher mes poils et d’y penser, sûrement par habitude, mais je sais que je ne serai, plus jamais, obsédée par mes poils comme avant au contraire maintenant, je les remercie. Ils ont été la source de la plus grande et plus difficile épreuve de toute ma vie et le sentiment de haine que j’avais envers eux s’est transformé en reconnaissance. J’ai pu regarder plus loin et ma spiritualité m’a permis d’être beaucoup plus sereine pour la suite de mon aventure avec mes poils.

    Je suis fière de moi et de tout ce que j’ai accomplie en terme d’acceptation de soi, je suis fière d’avoir vécu cette épreuve qui était insurmontable pour moi et qui désormais possède un but final initial que j’atteindrai seulement si l’envie de retirer mes poils reste présente. L’électrolyse m’a permis de me sentir mieux dans mon corps et d’avoir de l’espoir pour les autres femmes qui ne connaissent pas cette technique.  Le traitement n’est pas magique, mais le faire n’entraînera jamais des repousses paradoxales ou peut-être minimes mais jamais aussi importantes que le laser ou la lumière pulsée sur le visage. Je n’ai jamais eu de repousses paradoxales pendant mon traitement à l’électrolyse. Aujourd’hui, je n’ai plus les moyens financiers pour assurer les rendez-vous, mais je garde en tête que le jour où j’y retournerai j’aurai juste envie de m’épiler et non pas de détester mes poils. Parfois, c’est dur, je les aime, parfois, ils m’énervent, mais malgré tout, je ne les détesterai plus jamais.

    L’acceptation de soi et de ses poils, c’est le début de la guérison. On cherche à retirer, à supprimer, à épiler à éradiquer les poils de nos vies, mais pour qui ? Si c’est pour nous alors très bien, apprenons à les connaître, à nous connaître et si possible à les aimer.
    Personne ne connaît mieux nos poils que nous-mêmes, personne n’acceptera nos poils tant qu’on ne les accepte pas nous-mêmes, personne ne comprendra nos poils et notre mal-être lié à eux tant qu’on ne saura pas les expliquer, personne n’écoutera nos revendications face à la société tant qu’on n’informe pas les gens de l’existence de cette forme de trouble hormonal. Il y aura toujours des gens qui auront des avis différents et des réflexions blessantes, ils auront des regards qui nous détruiront une fois rentré à la maison, il y aura des personnes qui penseront du mal en pointant du doigt les femmes avec une barbe et qui feront de leur mieux parfois sans s’en rendre compte, pour leur faire du mal.

    N’ayons pas honte de nos poils, n’ayons plus honte parce que quoi qu’il arrive, je suis et vous êtes libres de garder vos poils ou de les retirer quand vous le voudrez et de la manière qui vous plaît le plus. J’ai envie de crier ; Soyons soudées ! Soyez soudées, les femmes à barbe, celles dont la pilosité est excessive, que ce soit celles qui décident de les garder ou celles qui souhaitent les retirer parce qu’elles se sentent mieux sans, celles aussi qui s’aiment et qui sont entre les deux.

    Je ne savais même pas ce que j’avais avant d’aller voir une psychologue, elle m’a récemment dit que je vivais une dépression avancée avec de l’anxiété et de l’angoisse depuis tout ce temps.

    Le cheminement vers l’acceptation de soi est long et difficile, parfois insurmontable, mais si on est ensemble et qu’on fait preuve de patience et de courage, on est capable de tout surmonter. Et même mieux, de devenir encore plus fortes et mieux qu’on l’était auparavant.

    Je vous aime, même si on ne se connaît pas, je vous soutiens, je pense à vous et j’espère trouver en moi, la force de partager mon histoire sur les réseaux sociaux pour inspirer et aider les femmes à se sentir moins seules comme je l’étais, dans leurs combats contre les troubles hormonaux.

    Merci d’avoir pris le temps de lire mon histoire.

     

    Lire aussi : « Andy in the city, le handicap au féminin »

    Kaoutar est une jeune femme de 25 ans passionnée par les langues étrangères, le dessin et la peinture. Après avoir passé une période difficile, elle se recentre sur son rêve : faire carrière dans le webdesign et le graphisme.

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